26 mai 2009
"Rengagez-vous" qu'ils disaient
Désolé pour le vide intersidéral qui a habité ce blog depuis plusieurs semaines, je fais mon mea culpa en rajoutant que les derniers jours au Pérou n'ont pas été de tout repos, et que j'ai eu besoin de beaucoup de temps pour me changer les idées et retourner à la réalité française...
Quoi de neuf, donc?
Je fais officiellement partie des 500 000 "jeunes diplômés" sans emploi. Je ne vais pas sauter de joie en faisant une annonce pareille, mais je me dis que c'est normal au regard de la "crise" actuelle. Je n'ai pas répondu à beaucoup d'offres d'emploi (parce qu'il n'y en a pas beaucoup bizarrement), mais je commence à me poser des questions sur le système d'embauche en France: poste de fonctionnaire déjà pourvu lors de la parution de l'annonce, CDD/CDI pour un ingénieur de 23 ans avec 2 ans d'expérience (précisons que le candidat aurait alors eu son bac à 15 ans), etc. Restons zens et patients ;)
Je suis aussi en Suisse pour (enfin) présenter mon travail de MSc. Demain, c'est mon dernier oral (30 min), suivi des non-moins terribles 15 minutes de question. Une fois l'oral terminé, je reprendrai mon manuscrit sur lequel figureront toutes les corrections à apporter (pourvu qu'il n'y ait presque rien). Ce sera l'ultime ligne droite, puis la Libération... Vivement qu'on en finisse.
Salutations de Neuch'
05 mai 2009
Montpellier
Pour répondre à une bonne blague reçue sur une carte postale, je cite "Quand est-ce que tu (péru)viens nous voir?", j'informe les visiteurs de ce blog que je suis de retour sur Montpellier. Vous savez où me joindre...
27 mars 2009
Petit randonneur deviendra grand...
Certains le savent déjà car ils ont participé à son élaboration, je le termine bientôt... mon mémoire de MSc. Encore un dernier coup de collier pour combattre la torpeur estivale dans laquelle je me suis un peu englué ces derniers jours, et ce sera fini. J'enverrai alors le mémoire sous .pdf vers les cieux helvétiques, oubliant tous les tracas quotidiens et laissant à d'autres le soin de me juger digne d'être titulaire de mon MSc en Hydrogéologie. Je retournerai à mes rêves de randonneur du dimanche. Mais mi-avril, je vous le promets: je dépasserai plusieurs fois les 4000m avec mon sac, je suivrai un sentier dans des quebradas profondes, je dormirai là où les sommets ne portent que des noms quechuas, je suivrai un chemin pavé millénaire créé par les Incas. Ce sera grand et beau. Ce sera... Choquequirau!
04 mars 2009
Chan²
Trujillo, 3ème ville du Pérou avec 800000
habitants sur la côte Nord, a été élue à l’unanimité (2 voix « pour ») comme la
plus jolie ville que nous ayons visité ce mois-ci. Pourquoi une cité située sur
une frontière désertique avec le Pacifique nous aurait-elle plu à ce point-là ?
Probablement pas pour quelques vieilles maisons coloniales, mais plutôt pour les richesses conservées par la sècheresse du désert… la cité
de Chan Chan et les Huacas del Sol y de la Luna, ou la Huaca del Arco Iris !
Chan Chan, qui signifie « Soleil Soleil » en chimù
ou quignam, est un vaste complexe construit en adobes (briques
d'argile), d'une centaine d'hectares où on retrouve les magnifiques restes des
palais
des 9 seigneurs chimùs, datant du 1er millénaire. La spécificité du
peuple Chimù, tout comme la majorité des peuples côtiers, reste une religion
principalement tournée vers l'océan: on compte de nombreuses céramiques et
textiles avec des créatures mi-homme mi-crustacé ou poisson. Et on peut même
déterminer quels animaux étaient les plus importans pour eux
(l'anchois, la raie, une espèce de poisson-chat, le phoque et le pélican), car ils
les ont
reproduit des milliers de fois sur les murs des temples et palais! Les Chimùs
aimaient/craignaient tellement la mer qu'ils ont voulu styliser géométriquement
le mouvement des vagues suivant les différents moments de la journée, et
utilisaient les coquillages comme instruments de musique.
Un mythe local
raconterait d'ailleurs que le dieu principal du panthéon chimù serait arrivé à
bord d'un caballo de totora... Sont fous ces Chimùs! Un peu à l'image de notre guide, qui conduisait une Coccinelle hors d'âge (qui aurait protégé sa propriétaire d'un torrent de boues mortel lors de pluies extrême il y a 40 ans), tout en nous faisant des parenthèses-à-rallonge dans ces explications...
Tellement fous ces Chimùs, que la limite avec le fanatisme
religieux a été franchise plusieurs fois, en témoigne la cinquantaine de
cadavres décapités retrouvés à proximité d'un affleurement rocheux, 
dans
l'enceinte des temples Huacas del Sol y de la Luna. Excepté le côté sanglant du
lieu, il faut admettre que les Huacas del Sol y de la Luna devaient être des
édifices de toute beauté, avec des reliefs sculptés et peints sur la totalité
des murs, qui devaient en imposer aux escargots "hyper dangereux" que les Chimùs
aimaient tant chasser à la lance (cf. reproduction de poterie)!
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Cajamarca, ville-étape lorsque je faisais le
voyage de Lima à la mine, semblait être une ville attrayante pour des gringos comme nous : centre-ville avec de belles églises, paysage vert
avec un peu de fraîcheur, période du carnaval, bains thermaux antiques, ruines
pré-colombiennes…
Malheureusement, on a été un peu déçu. Non par
la gastronomie exotique, ou par
le regard des gens envers nous, ou par la
qualité de l’hôtel. À force de choisir les moins chers du Guide du Routard, on
commence à être habitués à l’isolation acoustique limitée des immeubles, leur
manque de mobilier réduit au minimum (et dans un état proche de celui en
attente de réparation chez Emmaüs), ou l’hygiène limitée… mais par le manque de
savoir flagrant de nos guides touristiques (on a
pourtant tenté plusieurs
agences). Là où normalement chacun se fendrait de 5 min. de speech sur les spécificités
des peuples qui habitaient la région, qui ont laissé derrière eux des ouvrages
(hydrauliques !) superbes, nos guides se contentent de banalités pour
masquer le manque de fond de leur discours, dans le style « Alors ici, c’est
magnifique ! C’est le ‘jardin des pierres’, on peut y voir plein de formes
intéressantes avec un peu d’imagination… Vous voyez cet affleurement au
loin, les gens l’appellent la ‘Muraille de Chine’ depuis très longtemps
[sous-entendu : au moins depuis les Incas !]. » J’ai eu envie de lui
lancer ma gourde en pleine face
pour lui faire remarquer qu’il y avait peu de
chance qu’un Chinois est traversé le Pacifique il y a 1000 ans pour se targuer
d’un « On dirait la muraille qui nous protège des Mongoles » face à
un simple décrochement calcaire de 100m de hauteur.
Idem dans une vaste propriété agricole dans
laquelle perdure ‘l’appel des vaches par leur prénoms’ (à moitié vrai, puisque
les vaches retiennent surtout l’ordre dans lequel elles doivent passer pour la
traite), où on a pu s’extasier 10 min. dans la chapelle du coin « des
réparations réalisées grâce à la bienveillance… sa bonté d’âme a permis de
refaire le toit… » alors que cette église n’a strictement aucun intérêt.
Si, un seul, celui de permettre une meilleure
rentabilité de la ferme. Le
propriétaire faisant venir un prêtre une fois par semaine pour un office,
évitant ainsi que ses employés perdent une journée complète pour aller à l’église
en ville…
Même si on est content d’être rentrés, on gardera
de bons souvenirs : les gens ayant ouvert (3 fois) le coffre de notre taxi
pour nous balancer de la peinture depuis l’extérieur à chaque feu rouge lors du
carnaval, la foule générée par le carnaval, la façon dont certains peuples jugeaient adéquat de percer des troucs dans la falaise pour enterrer leurs morts, l’air pur de la montagne et la tranquillité des bains thermaux pour
la modique somme de 1,5€ pour deux !
09 février 2009
Pachacamac
"Pachacamac", ça résonne dans notre
tête sans savoir pourquoi un tel nom paraitrait si familier...
Facile, ce nom
la plupart le connaisse grâce au dessinateur Hergé, qui envoya Tintin et le
Capt. Haddock au Pérou à la recherche du Prof. Tournesol (dans Les 7 boules de
cristal et Le temple du soleil)! Ce dernier se faisait enlever par de
mystérieux ravisseurs après avoir enfilé le bracelet d'une momie péruvienne, et
embarquer depuis St-Nazaire sur un paquebot du nom de... Pachacamac! Plus tard,
Tintin fera même semblant de contrôler le Soleil et la Lune au moment où des
descendants des Incas décident de le mettre sur un bûcher. Il déclarera: « O
sublime Pachacamac ! Je t'adjure de manifester ta toute puissance !... Si tu ne
veux pas de ce sacrifice, voile ici, devant tous, ta face étincelante ».
J'entends déjà certains dire que le fait d'avoir lu tous les albums de Tintin
et regardé assidument les épisodes du dessin animé pendant mon enfance, a dû me
pré-conditionner pour mon voyage jusqu'au Pérou... Sans commentaire :D
Tout ça c'est bien, mais Pachacamac, c'est quoi
réellement? C'était un oracle, un lieu de pélérinage pré-inca très important
pour les habitants de toute la côte du Pérou
(à tel point qu'il peut être
considéré comme l'équivalent de Delphes, Jérusalem, La Mecque ou Lourdes!).
Tous venaient chercher des réponses à des questions importantes: issue d'une
guerre, prédictions climatiques pour prévoir les moissons... Mais, Pachacamac
était aussi le nom porté par la divinité, qui signifiait Pacha "Terre,
univers" et Camac "Créateur" qui régnait sur le lieu. Cinq
civilisations (Lima, Wari, Huaca, Yschma, Inca) s'y succédèrent en 2000 ans
sans jamais détruire le site, construisant chacune des temples de plus en plus
grands et somptueux, jusqu'à ce que les Conquistadores arrivent. Ceux-ci déçus
de ne trouver que très peu d'or sur un site religieux de 500 hectares,
voulurent rencontrer Pachacamac. À leur grand désarroi,
au lieu de leur
présenter un prêtre ou un dieu, on leur présenta un bâton en bois de 2m de
hauteur, entièrement gravé de multiples figures (représentant encore une fois
les 3 mondes: les dieux en haut, les vivants au milieu, les morts en bas) avec
une face "femelle" et une face "mâle".
Jugeant cet objet
contraire aux préceptes de l'Eglise (interprétation souvent très subjective à
cette époque), ils brûlèrent le bâton et obligèrent la population à migrer vers
Lima. Le site tomba à l'abandon, et perdit de son éclat à cause des séismes,
des pilleurs, de l'urbanisation galopante due à l'exode rural et de du
désintéressement de l'Etat péruvien... La sécheresse du désert fut le meilleur
agent de conservation du site puisque des fouilles mirent à jour les cendres du
bâton brûlé par Pizarro, ainsi qu'une copie sauvegardée dans le temple du
Soleil.
Pour ceux qui veulent pratiquer l'espagnol et découvrir mieux: Pachacamac







